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Sa vision du foot, le départ de Moulin, les conseils de son père… Stéphane Bahoken se confie !

Stephane BAHOKEN –  Lens v Angers (Photo by Matthieu Mirville/Icon Sport) 

Sa relation avec Stéphane Moulin, ses idées sur le foot, la sélection, son avenir… L’international camerounais Stéphane Bahoken (Angers SCO) se livre sans détour !

 

Vous êtes désormais maintenus avec le SCO, mais ce n’a pas été facile. Raconte-nous la saison d’Angers. 

C’était une saison pas comme on l’espérait. On a fait un très très bon démarrage, on était content. Au vu de notre démarrage, on aspirait à un peu plus. En cette seconde partie de saison, il y a eu quelques éléments qui ont fait qu’inconsciemment dans la tête on a lâché et qu’on est en train de vivre une deuxième partie de saison compliquée. 

Que retiendras-tu de ton aventure angevine aux côtés de Stéphane Moulin ?

Sa capacité à toujours être à fond dans tout ce qu’il fait. C’est quelqu’un qui veut faire ressortir le meilleur de chaque joueur et ça reste un coach très très humain. La relation que j’ai eue avec lui, ça a toujours été une relation d’honnêteté. Quand il avait un problème, il passait pas par quatre chemins pour m’en parler. Je retiens que c’est un coach qui a fait énormément de bien au SCO d’Angers. Personnellement, il m’a fait progresser.

 

C’est quoi l’avenir du SCO,  bientôt orphelin de son coach Stéphane Moulin ?

Je ne sais pas… Il faut voir le nouveau coach, voir ce qu’il a envie de mettre en place. On a aucune nouvelle sur le futur coach. On a entendu qu’ils avaient deux noms en tête : le coach de Reims et le coach adjoint de Lyon, Gérald Baticle.

 

Tu regardes du football à la TV ?

Je regarde principalement Nice et Strasbourg (ses anciens clubs ndlr). Quand je peux je regarde les matchs de Ligue 1. Je regarde également  la Premier League et la Bundesliga. Quand je peux, je regarde le Real Madrid aussi. 

 

« C’est un de mes objectifs de

repartir à l’étranger. »

 

Ça te plairait de jouer dans un de ces championnats après avoir joué en Ecosse ?

Oui. En terme de football, de culture, de découverte. C’est toujours enrichissant pour soi. C’est un de mes objectifs de repartir à l’étranger. Le championnat allemand, le championnat anglais sont des championnats qui sont attirants. Pourquoi ? Déjà en terme de spectateurs, les stades sont pleins à pratiquement chaque match. Le jeu est direct, il va de l’attaque à la défense avec un bon rythme. C’est moins tactique que le championnat italien ou même français. C’est des championnats où les attaquants brillent aussi, surtout en Allemagne quand tu regardes les stats de certains attaquants… Je pense à Anthony Modeste par exemple, il est parti de Nice, vers Angers puis est allé là-bas. 

 

Comment décrirais-tu le jeu de la Ligue 1 ?

Plus le temps passe, plus le jeu devient attrayant. Il est moins défensif que beaucoup de personnes le pensent. Plus le temps passe, plus ça devient “joueur”. Cette saison, tout le monde peut battre tout le monde. Qui aurait cru que Nantes batte le PSG, ou qu’Angers puisse battre Lille. 

 

On loue souvent la formation française. Tu penses que ça a pu jouer dans cette amélioration ?

Beaucoup de clubs européens viennent chercher la formation française, puisqu’elle est très très bonne. Quand tu vois que de plus en plus de joueurs décident de rester en France, je pense que c’est un indicateur qui montre que le niveau de jeu s’est élevé. La formation française contribue beaucoup à ce “brin de folie” qui est en train de raviver le championnat français, qui est de moins en moins fermé. 

 

On a la sensation qu’il y a de plus en plus de joueurs rapides, que le jeu est de plus en plus vertical en Ligue 1. Tu en penses quoi ?

Quand t’as des joueurs qui vont vite sur les côtés, qui centrent, forcément l’attaquant central est content. Quand tu pars en contre et que t’as 2-3 joueurs avec toi, forcément il y a plus d’occasions. Quand on regarde des matchs d’il y a quelques années, il y avait plus d’équipes qui jouaient regroupées. L’attaquant se trouvait souvent dans des situations compliquées, sans solution. Depuis l’année dernière, les équipes du milieu de tableau jouent moins “dans leur camp”, elles osent plus aller vers l’avant pour tenter des contres à plusieurs joueurs. Il y a une évolution, c’est visible. 

 

L’évolution que tu décris nous fait toute suite penser à la trajectoire d’Angers depuis quelques années, qui est passé d’une équipe défensive à une équipe plus ouverte.

C’est exactement ça. Depuis que je suis arrivé, les observations qui étaient faites sur le SCO ont relativement changé. En arrivant ici, on me disait que c’était “10 joueurs dans leur moitié de terrain et ça part en contre !”. Depuis l’année dernière, le staff a fait un recrutement plus homogène avec des joueurs aux profils différents, on défend moins et on joue plus vers l’avant. C’est cette trajectoire-là que plusieurs clubs aspirent à suivre. Quand on voit des équipes comme Lorient ou Brest qui veulent jouer au ballon par exemple… Peut-être que des années avant ils auraient procédé autrement, mais vu que le football français est en train d’évoluer dans ce sens (plus de jeu, plus de folie), et bien on a des équipes de bas/moyen de tableau qui cherchent à jouer comme les équipes du haut de tableau. 

« Pourquoi beaucoup d’équipes ont réussi à battre le PSG ? Puisqu’elles se sont mises à jouer! »

 

C’est une nécessité cette adaptation ? Prôner du “jeu” plutôt qu’un jeu défensif pour rester en Ligue 1 ?

C’est exactement ça ! Pourquoi beaucoup d’équipes ont réussi à battre le PSG ? Puisqu’elles se sont mises à jouer ! Ils ont cru en eux, en jouant au ballon, plutôt qu’en attendant l’adversaire, la peur au ventre. De plus, mettre cette folie, avoir cette confiance en soi, ça aide à bonifier le travail des coachs durant la semaine.

 

C’est important pour l’attractivité de la Ligue 1 ? 

Pour l’attractivité de la Ligue 1 et pour les spectateurs, c’est évidemment bien mieux de voir un match avec deux équipes qui jouent et qui cherchent à gagner le match. Les dribbles, les passes, les tirs… C’est important. En Angleterre, c’est toujours “box to box”. Il faut s’inspirer de ça.

 

Il reste encore quelques personnes qui ne pensent pas comme toi, ton ancien coach Thierry Laurey par exemple. Tu penses quoi de ses récentes déclarations sur le spectacle ?

Thierry Laurey, je l’ai connu 2 ans à Strasbourg, et je sais que c’est un coach qui aime jouer. Ses attaques marquent beaucoup. Concernant ces déclarations, le connaissant, il a dit ça dans un moment où l’équipe n’allait pas bien. Elle avait besoin de points. Quand on est acculé par les différentes critiques, les défaites, qu’on a beaucoup de pression… Je pense qu’il a voulu dire par là qu’il fallait d’abord prendre des points avant de penser à bien jouer. Quand on joue au ballon, c’est qu’on est serein. Là il ne le sont pas.

 

De quoi sera fait ton avenir ?

On va terminer la saison, du mieux possible. Ensuite je discuterai avec le nouveau staff qui va arriver. On va discuter, on verra ce qu’il en sera.  Il me reste un an de contrat, je prends le temps de bien réfléchir. 

 

Tu as déjà eu des touches, des contacts ?

J’ai eu des touches au mois de janvier avec des clubs anglais et turcs mais il n’y a pas encore de discussions pour cet été.

 

« L’ambition très clairement, c’est de gagner la CAN en 2022. »

 

As-tu des objectifs par rapport à la sélection ? 

L’ambition très clairement, c’est de gagner la CAN en 2022, à domicile. Personnellement c’est d’être dans les 23 et d’aider le pays à remporter la CAN. On a aussi envie de retrouver la Coupe du Monde, en 2022 également. Le coach qui est arrivé à la tête de la sélection est quelqu’un de très intelligent. Ce sera à lui de faire ses choix, pour avoir une bonne homogénéité de groupe. Je crois en notre groupe, mené par Choupo-Moting, Aboubakar, Toko-Ekambi, Zambo Anguissa, etc… . On se connait depuis longtemps. Je crois en nous pour aller le plus loin possible à la CAN 2022. 

 

Transition toute trouvée puisque ton père, Paul Bahoken, était également international camerounais. Il a eu quel rôle dans ta carrière ? 

Je suis parti à 12 ans de chez moi pour aller au centre de préformation de l’OGC Nice. J’étais loin de chez moi, on a pris l’habitude de s’appeler tous les jours. Donc de mes 12 ans à aujourd’hui (il a 28 ans ndlr), on s’est vraiment appelé tous les jours. Depuis mon arrivée au centre de préformation et mes premiers matchs en pro, on s’appelle après chaque match. On fait un debrief de 10-15 minutes sur ce que j’aurais pu faire, sur l’implication que j’ai eue. Le conseil qu’il me répétait c’était “si tu veux percer dans le football en tant qu’attaquant, tu dois être décisif, pour rester professionnel il te faudra être décisif tout le temps”. Il me répétait tout le temps ça. 

 

Il te mettait une forme de pression ? Il était du genre à te pousser quitte à aller au clash ou c’était toujours très bienveillant et assez protecteur ? 

Il y avait une forme de pression. On allait pas au clash mais il me disait mes vérités. Avec mon père c’est simple : si je marque pas, j’ai fait un mauvais match et même si je marque j’ai fait un mauvais match. La phrase qu’il m’a toujours dit c’est “remet toi en question”. Après les matchs c’était pas plaisant d’entendre ton père dire “t’aurais pu faire mieux, t’aurais pu faire mieux, t’aurais pu faire mieux” mais quand tu regardes derrière toi, tu te dis que ces conseils t’ont bien servi. 

 

« On aimerait tous recevoir des louanges de son coach tout le temps. Mais ce n’est pas en en recevant énormément qu’on grandit, et qu’on avance. »

 

Positif ou négatif, c’était franc. Que ce soit avec Moulin ou avec ton père, on a l’impression que tu accordes une grande importance à la franchise ?

Que ce soit dans le foot ou dans la vie en général, il n’y a que comme ça qu’on avance. Si on tombe sur des gens qui te disent “t’as fait un bon match” même si t’as pas marqué et derrière ils te mettent sur le banc… Non, c’est pas comme ça que ça se passe. Tu me dis “t’as fait un match moyen, t’aurais dû marquer, entraîne toi et tu te défonces pour marquer au match d’après”. C’est uniquement comme ça qu’on arrive à arriver au haut niveau, et à perdurer au haut niveau en tant qu’attaquant. Il faut des gens pour te dire des vérités, qui ne font pas toujours plaisir. On aimerait tous recevoir des louanges de son coach tout le temps. Mais ce n’est pas en en recevant énormément qu’on grandit, et qu’on avance. 

 

On doit souvent te parler de ton père au Cameroun ?

Quand j’arrive à l’aéroport on me demande souvent si je suis le fils de Paul Bahoken. On me loue ses exploits de l’époque où il était en équipe nationale. On me dit tout le temps du bien de lui. Sa génération, c’est la première à s’être qualifiée pour une Coupe du Monde (Espagne 1982). Pour les camerounais, c’est LA génération dorée du Cameroun (rire). 

 

Le meilleur attaquant de Ligue 1 actuellement ?

Je dirais Wissam Ben Yedder. Il est complet, il garde le ballon, il part en profondeur, il est technique. Après Mbappé je sais pas si on peut le mettre en pointe mais…

 

Ton choix pour le titre de meilleur joueur UNFP de l’année ? 

Kylian Mbappé !

 

La présence de Neymar dans le classement du meilleur joueur UNFP ? 

Les statistiques parlent pour lui. Il ne joue pas beaucoup de matchs mais il est quand même décisif. Il marque des buts, fait des passes décisives. C’est un joueur planétaire. Qu’il soit dans les cinq meilleurs joueurs… Je pense qu’il y aurait d’autres joueurs qui le mériteraient au vu de leur grosse saison, des joueurs qui ont fait plus de matchs, étaient plus décisifs, et qui ne sont pas dedans. 

 

Le défenseur qui t’a donné le plus de fil à retordre ? 

(Il répond rapidement) Thiago Silva. En 2013, pour un de mes premiers matchs en pro, il m’avait déjà impressionné. Il est tellement intelligent dans son placement, t’as beau regarder, analyser, il va toujours te bloquer et te contrer. Il est toujours serein balle au pied.

 

Ton prono avant le match de l’OM ? 

Je dirais 2-1 pour nous. Marseille, ils sont sous pression, ils l’ont montré sur leur dernier match (défaite face à Saint-Etienne ndlr). On a pas envie de finir sur un “total roue libre”. 

 

Tu penses que les plus petites équipes jouent différemment contre l’OM que contre d’autres équipes ? 

L’OM ils sont encore plus sous pression médiatiquement que Paris. Quand t’es footballeur, t’as envie de gagner contre l’OM. On aimerait pas être à la place des joueurs marseillais, parce qu’on a l’impression qu’ils ont une pression monstre. En leur mettant de la pression, on sait que Marseille peut être amené à douter.

 

Interview par Paul Avignon

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